UN ÉLOGE DE LA LENTEUR.
Ce projet explore la relation entre l'air, la ville et l'architecture à travers l'imaginaire du dirigeable et de ses structures d'accueil. Il se veut faire face à un siècle obsédé par la conquête de l'air, la maîtrise du temps et l'extension du réseau mondial des flux. Derrière le merveilleux des débuts, où l'avion révélait une nouvelle dimension du regard, se cache la dérive d'une vitesse devenue norme, d'un monde où le déplacement remplace le voyage, et où l'homme, devenu flux, perd le sens du lieu.
C'est dans cette fracture que naît l'homme qui voulait flotter, une figure poétique de résistance à l'accélération. Un homme qui se sent pris dans la cadence d'un monde qui bouge sans s'arrêter, comme entraîné dans un courant malgré lui. Il trouve que la ville le déplace plus qu'il n'y marche. Il prend alors conscience que son monde se réduit simplement à des trajectoires prédéfinies, celui-ci ne vivant plus les lieux, mais les traversant simplement.
Le dirigeable devient un dispositif architectural de lenteur, dérivant au rythme de l'air et redonnant au déplacement son épaisseur. La tour se présente comme une interface entre ces différents flux : elle capte les flux rapides de la ville pour les transformer progressivement en expériences lentes, sensibles. À sa base, les premiers processus de transformation s'opèrent dans une obscurité fraîche où myciculture et affinage se côtoient. Plus haut, des bras robotisés récoltent lentement les cultures suspendues, avant qu'une grande table ne s'installe au cœur d'un potager urbain, disponible et collectif.
Au fil de la montée, l'eau prend le relais dans les bassins d'aquaponie, puis vient le réacteur végétal où la matière se transforme en jus protéiné. Au sommet, l'eau de pluie est recueillie dans des bassins ouverts tandis que la ville s'étend sous les terrasses. Enfin, le dirigeable apparaît lentement : sa masse glisse dans le ciel sans le traverser brutalement. À l'intérieur, cuisines communes, longues tables, espaces de contemplation et aliments issus de la tour composent un prolongement habité de la ville où l'on cuisine ensemble, on apprend, on partage.